• Erick

Le musicien: une espèce en voie de disparition dans la musique populaire.









D'abord, ça ne date pas d'aujourd'hui.

C'est une espèce qui a commencé à être en péril au milieu des années 2000.

Espèce protégée dans certains milieux, comme le jazz ou le classique, voire abondante dans la musique traditionnelle du monde, elle est en passe de disparaître dans la pop music, la variété et même le rock.

Plusieurs raisons à cela.


1

La première, évidente, c'est parce qu'on a pu les remplacer.

Ca a commencé plus tôt avec les batteurs.

Quand les premières boites à rythmes sont arrivés sur le marché, elle avaient un son électronique ridicule.

Mais infaisable autrement. Les batteurs d'alors s'en sont amusés.

Certains en les intégrant dans leurs accessoires. D'autres en les méprisant royalement.


Le public, lui, a trouvé ça très bien.


Et puis le sampling a évolué. et les sons ont commencé à vraiment être gros et puissants.

Et ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd:


Le producteur.


Les batteurs eux, étaient sourds depuis longtemps, la plupart ont continué à boire des bières et mater les groupies à la fin des concerts.

Mais le producteur s'est dit: "pourquoi payer un gros poilu bruyant, qui prend de la place en studio, qui n'a pas toujours le son voulu, pour faire Chak poum poum sur du disco ?"

Et hop ! la dance music a adopté ces machines, faciles à programmer, faciles à transporter,

qui n'étaient jamais bourrées, et qui pouvaient tenir le beat indéfiniment sans bouger.


Et le public a trouvé ça très bien.


Alors le producteur a pensé utiliser cela aussi pour la pop et la variété.

Et puis les synthés sont arrivés. Je ne parle pas des premières machines qui avaient la taille d'une armoire normande, Moog et compagnie.

Je parle des premiers outils capables d'imiter un orchestre à cordes, et remplacer une basse, et faire tout un tas de sons originaux, impossibles auparavant.

et hop ! exit les violonistes et leurs camarades à archet, exit les bassistes et les sections de cuivres.


Le public , lui à trouvé ça très bien. Même mieux quelquefois.


Et puis les stations de travail sont arrivées à maturité. Banques de sons phénoménales, aides à la composition, mixage intégré, etc...

Et là, c'est même les pianistes, les guitaristes, et tous ceux qui avaient appris la théorie musicale qui ont petit à petit laissé la place à des gamins motivés et malins, qui savaient utiliser une souris et leurs oreilles.

L'art du collage, déjà commencé avec le rap, a gagné en maturité.

C'est la norme actuelle dans la musique mainstream.


Et le public pop, lui adore.


2 L'économie du Show business


Pourquoi on les a remplacés?

Ca ne s'est pas fait d'un coup.

Une portion non négligeable de mélomanes, professionnels du métier, musiciens ou producteurs,

savent faire la différence entre un vrai orchestre symphonique et des cordes en plastique,

une loop de Garage band et un vrai batteur.

Et pendant pas mal de temps, les 2 versions ont cohabité. la "vraie" musique pour les grosses productions, ou le coup de coeur du DA, et la musique en plastique pour les artistes en "développement".

Et là, 2 choses sont arrivées:

1 la musique en plastique à commencé à cartonner, et à rapporter autant, sinon plus, que la musique jouée

2 L'arrivée du mp3 à stoppé net le flot d'argent dans lequel baignaient les majors de l'industrie,

et il a fallu réfléchir à 2 fois avant d'avancer des sommes importantes pour produire des disques.

Les musiciens de toute sorte se sont donc mis tous à jouer du clavier et apprendre l'informatique, pour écrire leurs mélodies dans les logiciels adéquats.

Bientôt remplacés par des non musiciens, D J, you tubeurs, rappeurs, gardiens de phares, et autres livreurs de pizza.

Rajoutons quelques trou du C... heu, Directeurs artistiques de majors et programmateurs radio, qui ont décidé un jour, que les solos de saxophones ne seraient plus à la mode ( 33 ans entre Careless whisper de Georges Michael 1984 et Hey Mama de Sun Stroke project 2017 )

et bien sur le bannissement des solos de guitare, y compris dans le rock, et le métal. Un comble !

Evidemment, Ca n'a pas aidé à faire vivre tous ces chevaliers de la 6 cordes et du biniou en cuivre.


Le grand public, à son habitude, ne s'en est même pas aperçu.


3


On en vient à la raison essentielle qui fait dire à certains spécialistes que, pour faire un tube,

il faut juste un bon chanteur et un laptop.

C'est le tournant égotiste qu'entretient le nouvel artiste avec la musique. Je parle bien sûr des pop songs.

Il y a toujours eu bien sûr, de tout temps, des gens qui voulaient toute la lumière sur eux. Sur scène, en interviews, en télé, sur les clips, et même en studio, le chanteur ou la chanteuse est le centre de toute l'attention, le message qu'il délivre n'est jamais perturbé par quoi que ce soit.

Il en résulte, dans ces cas-là, une omniprésence du chant dans les couplets, les refrains, le pont, la fin, partout, et la musique est finalement un background interchangeable servant à supporter la bonne parole.

Avant, on pouvait trouver , aussi, dans des espaces consacrés d'un morceau, une respiration musicale, où un musicien pouvait faire un solo, une intervention élégante, un groove particulier de basse ou de clavier, de la vie qui naissait entre les phrases du chanteur, qui laissait place à la musique.

Le chanteur vivait avec la musique, qui se permettait des artéfacts créatifs, parce que la place vocale était un instrument de plus à la composition, et pas forcément la chose essentielle à chaque instant.

Et on avait des "Sex machine" des " Bohémian Rapsody" des "Stairway to heaven" , des "logical song" et autres " Hotel California" donc des solos de guitare, de basse, de piano et des cuivres, qui côtoyaient un chanteur inspiré. Et ce tout vivait ensemble, parce que les musiciens apportaient leur pâte, leur créativité.

Aujourd'hui, la tendance est à l'efficacité. Comme si le public n'était plus capable de se concentrer sur trop d'information à la fois, et pour singer le format pub, court et direct, on

a des morceaux impeccables, calibrés avec un son énorme, spécialement formatés pour la radio,

où tout tourne autour de l'artiste chanteur, autant musicalement que marketinguement.

Et parce que la lumière, comme l'argent qu'elle rapporte, a du mal à être partagée,

Il y a plus de petites lumières partout et moins d'argent.


ATTENTION!


il y a d'excellents morceaux faits aujourd'hui sous ce format, et loin de moi l'idée d'être passéiste.

Paradoxalement, le fait d'industrialiser la création musicale, par des machines, donne en retour

des chansons superbes, où les intros , les couplets, les refrains , les ponts, et la fin sont tous

des hymnes de grande qualité pris séparément, parce qu'ils ont été pensés et fabriqués séparément justement, mais collés dans la même chanson. Pas de temps mort, pas d'ennui, tout est à fond.

Le format album explose en miettes. Le single devient roi. Place à l'efficacité.

Mais quid des musiciens et de leur apport organique ?

Plus de place pour eux.

Et qui peut rivaliser en son, avec sa guitare et son ampli, devant un sample superposé de 10 guitares monstrueuses, ou rien de dépasse, et que l'on peut actionner avec un seul clic ?

C'est mieux, c'est plus rapide, et c'est beaucoup moins cher..

Les gros scores dans les charts vont à la dance music et à l'urbain.

Des musiques justement faites par des DJ et des producteurs pas obligatoirement musiciens. (Au sens strict d'avoir sué pour apprendre un instrument et de la théorie musicale).

Faut il s'en offusquer ?

C'est comme ça.

Mais le musicien est en voie de disparition, pour ce genre de musique.

Et ce n'est pas une espèce protégée.

En contrepartie, internet nous a ouvert un champ d'infini d'expression, ou chaque musicien peut exposer, en quasi direct, l'immensité de son talent.

Parce qu'il il y a toujours un public pour les musiciens. Et pas que des vieux.

Mais avec 1 euro pour 1216 vues sur Youtube environ

va falloir penser à se nourrir autrement, en attendant de réinventer le son du futur.

Reste la scène quand même.

Ben non en fait.

Par les temps qui courent, même le prochain Tomorrowland se fera au casque dans sa chambre.

A moins que la variante anglaise, brésilienne, ou sud-africaine de la bestiole nous fasse subitement aimer la world music.

Allez...On y croit...

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