• Erick

« Rouge », Quand l'album se transforme en voyage

Dernière mise à jour : oct. 21





FREDERICKS GOLDMAN JONES - "ROUGE"

Quand l'album se transforme en voyage...

Série anecdotes vécues


On s'était arrêté à l'enregistrement de la chanson "Rouge" à Moscou. A l'automne 93,

toute la partie enregistrement de l'album est maintenant terminée, vient le moment du mixage.


Cette partie essentielle du travail qui consiste à placer harmonieusement les instruments et les voix au bon niveau pour entendre tout parfaitement.

Il s'agit encore de choisir un studio pour cela.


Rappelons que nous sommes en cette époque bénie les 30 glorieuses du CD, où de magnifiques studios résidentiels pullulent sur la planète et que les problèmes de budget ne sont pas la préoccupation première pour ce genre de production, à ce niveau de notoriété.

Pour résumer, Jean-Jacques nous demande, à Andy Scott et à moi-même, les 2 responsables du son de l'album, quelle serait notre préférence de lieu pour le mixage.

Sous-entendu, n'importe où, en restant dans l'orbite terrestre.


Tout excité, je commence à proposer des lieux. Vous vous doutez que la préoccupation première sera le dépaysement, à niveau d'équipement égal, car nous sommes extrêmement bien équipés en France, sans avoir besoin de courir partout.


Une fois écarté New York et Los Angeles, presque trop facile, on s'oriente vers des studios plus résidentiels.

Je propose Compass point à Nassau, aux Bahamas (que j'aurai la grâce de connaitre plus tard) : studio mythique, qui a vu éclore Bob Marley, AC/DC et tant d'autres, et qui se trouve aussi être au bord de la mer.

Andy pense à un studio à Trinidad, bien équipé aussi.

Il existe un magnifique studio sur l'ile de Capri.

On regarde aussi vers Morin Heights, près de Montréal, un studio sur pilotis, au bord d'un lac, où l'hébergement se trouve à 5mn en pirogue...


Il faut comprendre comment Jean-Jacques travaille.

Passer 4h sur un son de caisse claire l'ennuie. Il préfère passer sa journée à faire du sport, ballade et tennis, et venir vers 17h écouter le travail avancé, quitte à ensuite continuer un peu dans la nuit pour fignoler.

Son impératif technique à lui, est donc d'avoir un court de tennis pas loin, une piscine ou la mer, ainsi qu'un lieu agréable où se poser.


Normal.


Et là, mon esprit se réveille, et je vois l'envers du décor.

A cette époque, donc avant l'avènement de l'informatique musical, on considère en moyenne qu'il faut 1 jour de travail par titre minimum pour bien faire le travail. Donc 12 titres = 12 jours + 3 jours de secours pour les retouches, ce qui fait 15 jours de studio.

On peut faire le travail avec la même qualité en presque 2 fois moins de temps maintenant, depuis que l'on a plus à rembobiner les bandes des magnétophones qui vous suçaient la journée.

Mais voilà, un studio c'est un endroit clos, souvent dans le noir, un lieu intense et propice pour TRAVAILLER ! Pas se détendre.


C'est-à-dire que l'ingénieur du son va passer 15 jours au bord de la mer, sans pouvoir se baigner, sauf à la sauvette la nuit, afin d'avancer sur le travail.

C'est bon pour l'artiste, le producteur, moins pour l'ingé-son.


Horreur et putréfaction !


Bon. Ca vaut quand même le coup d'aller s'exiler si on aime les voyages, mais pas tant que ça si on y réfléchit bien. Mais on se dit qu'il y aura quand même des pauses où l'on pourra profiter du lieu.


C'est alors que me vient une idée tordue...


Je n'aurai jamais osé proposer cela à quelqu'un d'autre que Jean-Jacques, mais je sais qu'il peut entendre ma proposition.


Et si...


"On restait mixer au studio de la Blaque à Aix en Provence, puisqu'il est réparé de son inondation et que le lieu est sympa, même avec l'arrivée de l'hiver...


... et que l'on utilisait l'argent économisé sur la production pour aller se faire une virée moto dans l'Atlas marocain ?"


Silence...


Je sais pertinemment que l'argent de la production ou l'argent de Jean-jacques, c'est la même chose, et que ce n'est qu'une excuse foireuse pour aller se faire une ballade en moto entre amis, album ou pas album...



Il accepte...


On finira le mix à La Blaque, comme prévu, et on partira tout de suite après en virée moto.



Jean-Jacques et Robert, son frère, prépareront la virée minutieusement.

Il font appel pour l'organisation du voyage à Xavier Lo Pinto, un ami de longue date, rencontré lors d'une précédente tournée, qui se trouve aussi être un baroudeur professionnel de la moto.

Le seul être à avoir traversé l'Amazonie de Rio via Manaus au Brésil jusqu'en Guyane en side-car. Rappelons qu'il n'existe aucune route dans la jungle. Etonnant personnage...


Il fera transiter les motos de Cayenne, où il habite et possède une concession moto, à Casablanca dans un garage associé.


Des Yamaha 600 XT flambant neuves.

Tout s'organise très vite.

Il y aura 5 motos et un Land Rover d'assistance.




Feront partie du voyage :

Xavier l'organisateur et sa femme Marie-Hélène, une ancienne pilote de circuit moto qui n'a pas peur de grand chose, les 2 frangins Jean-jacques et Robert, leur beau-frère Philippe, personnage éminemment sympathique, Michael le Gallois de service et moi-même.


7 personnes.

2 iront dans le Land Rover, un peu à tour de rôle, quand les fesses en auront marre de se faire tanner par la selle de la moto, sur la piste.




Précisons les choses :

Ca n'a rien avoir avec le Paris Dakar.


C'est une ballade virile dans l'Atlas, qui se termine chaque soir à l'hotel, avec un bon bain chaud, pour traverser les étendues magnifiques, en essayant autant que possible d'éviter les routes goudronnées.


Le bonheur quoi !




La 1ère étape de Casablanca à Marrakesh se fera sur la route, au ralenti, le temps de roder les machines.


L'idée le lendemain est de rejoindre Essaouira par la piste. Il y a 200 km par la route, mais ça nous prendra la journée par la terre.




Les frangins Goldman, qui n'avaient jusque-là conduit que sur le périph, s'appliquent consciencieusement à se prendre toutes les ornières, la boue et les chassés de roue arrière avec le sérieux du pilote débutant mais opiniâtre.


Le résultat est d'ailleurs à la hauteur. Au début il tombent tous les 100m, puis tous les 1 km, et finalement, avec une allure de sénateur à la retraite, parviennent à rester assis sur la moto jusqu'à destination.