• Erick

Les "8 métiers" pour faire une chanson, et leur économie..



Chers auditeurs,

Le saviez-vous ?

Pour qu'une chanson commerciale soit prête à arriver à vos oreilles, donc avant sa diffusion,

il faut pas moins de 8 métiers différents pour la créer.


Et oui.


8 métiers qui ont chacun leur économie, c'est-à-dire leur mode de rémunération, très différent et particulier pour chaque poste, sauf si on considère que la musique naît dans les roses et que les créateurs n'ont pas d'estomac et donc n'ont pas besoin de manger.


Alors, cassons les clichés.



Explication :

Qui fait quoi ?


1

Si vous fredonnez "L'aigle noir" " Hells bells" ou "Despacitooo" c'est que quelqu'un a écrit le texte.

Il faut un AUTEUR. Mâle ou femelle, il va s'occuper de raconter une histoire ou juxtaposer des mots de manière élégante.


2

Il faut une mélodie et des accords. Sinon un texte seul, c'est de la poésie. Un film sans musique, c'est comme un pied sans chaussette. C'est nu.

Il faut créer la musique.

Donc un COMPOSITEUR ou COMPOSITRICE.


3

Il faut orchestrer la musique. Créer des sons nouveaux et choisir des instrumentations.

A part une certaine catégorie de chansons, dites "à texte", dont l'auditoire se trouve localisé sur la rive gauche de la Seine, ou dans certains théâtres subventionnés, le public normal ne peut se contenter d'une chanson piano voix ou guitare voix tout le temps. Il en va de sa santé mentale.

Il faut donc un ARRANGEUR ou une ARRANGITRICE.


4

Il faut ensuite des MUSICIENS ou MUSICITRICES pour jouer les instruments désignés par l'arrangeur en accord avec le compositeur. En musique électronique ou variété, on peut être tenté de tout cumuler en faisant appel à des machines pilotées par un seul touche à tout, mais

c'est compliqué de faire du jazz, du métal, de la bossa nova ou du classique avec des instruments en plastique.

La qualité de l'interprétation des musiciens peut avoir une part fondamentale dans certains arrangements de chansons.


5

Pour qu'une chanson arrive à vos oreilles, il faut qu'elle soit enregistrée. Et même lors d'un concert, il faut un technicien qui s'occupe de mélanger tous les instruments ensemble. Les mixer.

Si je propose à mon concierge de faire le boulot, malgré sa bonne volonté, il risque d'avoir sa page facebook saturée de joyeux messages invitant à la paix dans le monde.

Il faut donc un INGENIEUR DU SON (ou INGENIEUSE du son).


6

Il faut un, ou une INTERPRETE. (Là, ça marche pour les 2)

Que ce soit Johnny, Florent Pagny, Céline Dion, Joe Cocker, Taylor Swift ou Stéphanie de Monaco, etc., c'est lui ou elle qui vont vous faire vibrer. C'est par eux que vous allez aimer la chanson. C'est eux aussi qui prendront les tomates dans la gueule si vous n'appréciez pas.


7

Pour coordonner tout ce beau monde, Il va falloir quelqu'un qui sache rassurer l'artiste interprète, le faire chanter à la bonne hauteur, re-structurer les couplets et refrains de la chanson si besoin avec le compositeur, diriger l'arrangeur pour lui indiquer quelle ambiance est la meilleure pour servir la chanson, proposer aux musiciens un style de jeu approprié pour l'enregistrement de leur partie, et donner des clés à l'ingé-son pour mixer de la meilleure manière. Avoir aussi une vision de l'intégration globale de cette chanson dans un projet d'album ou de tournée.

C'est un REALISATEUR (ou REALISATEUSE) que l'on nomme PRODUCER en anglais. C'est plus simple l'anglais.

A noter que ce poste existe aussi dans le cinéma. Réalisateur. Avec la même fonction.


8

Enfin, il faut un PRODUCTEUR. Financier. C'est lui ou elle qui paye. La Produuuctriiicce ?

Donc c'est lui qui a raison.

Même si le réalisateur est, en principe, choisi par le Producteur, et a toute sa confiance, c'est quand même le producteur qui a le final cut. Il est donc la personne à convaincre in fine.

Rappelons quand même que c'est lui qui prendra le bouillon, en cas de mauvais choix artistiques.



8 métiers pour finaliser la chanson.


Il reste bien sûr toute une batterie de personnages et d'intermédiaires pour que la chanson arrive à vos oreilles. Pressage, distribution, promotion, marketing, médias, réseaux, tourneurs, etc.


Alors, contrairement à la politique, il est permis de cumuler les fonctions.


Un auteur peut être aussi compositeur, voire interprète.

Un ACI, dans le jargon, ne veut pas dire auteur complètement inutile, ou apprenti charcutier instituteur, mais auteur compositeur interprète.

il peut être aussi arrangeur, ingé-son, producteur, musicien, etc.


Economie oblige, la tendance est à tout faire soi-même pour gagner sa vie, avec plus ou moins de réussite.

Parce que bien sûr, on peut être un très bon auteur, mais une tanche pour faire des mélodies.

Mixer comme une poutre n'aide pas aussi. Et faire ses propres clips vidéos, c'est possible bien sûr, pour les doués. Stromae fait tout bien par exemple. Lulu la trompette, moins.


Rappelons que le poids économique de la filière culture et création en France s'élève à 84 milliards d'euros à ce jour, selon les sources de Francecreative.org, soit plus que l'automobile ou le luxe. Avec à la clé plus de 1,3 million d'emplois directs ou indirects.

Pour autant, il est compliqué pour certains créateurs de vivre de leur métier.


Explication :

Comment sont rémunérés tous ces acteurs ?


1 et 2 : l'auteur et le compositeur.

Ils sont logés à la même enseigne.

Contrairement aux idées reçues, il ne VENDENT PAS leurs chansons aux artistes.

Ils les DONNENT.

Leur rémunération vient du droit d'auteur qui est perçu à chaque vente de CD ou vinyle, à une partie (infime) du streaming, payé par le producteur, appelé les DRM (droits de reproduction mécaniques),

et à une partie des droits payés par les diffuseurs télé, radio, concerts, et tout endroit qui diffuse leur oeuvres (coiffeurs, magasins, aéroports, films, jeux vidéos, etc.) : les DEP (droits d'exécution publique).

Ce droit est récupéré par une coopérative d'auteurs que l'on appelle la SACEM (la société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) et qui les redistribue en fonction de l'exploitation du travail de chacun, pour peu que l'on ait pris la peine de s'inscrire comme membre de cette société.

Les tarifs et pourcentages sont parfaitement détaillés sur le site de la SACEM.


Ca veut dire quoi ?


Ca veut dire plein de choses :


1- Une chanson qui devient un tube, radio et internet, et qui est jouée en concert par un artiste connu, peut vous rapporter de quoi passer vos vacances aux Maldives.


2- Une chanson non diffusée en radio, non jouée en concert, mais qui existe sur un CD du commerce, donc commercialisée mais avec peu de ventes, aura pris autant de temps à être faite qu'un tube, mais vous rapportera juste de quoi acheter un dépliant pour les Maldives.


3- Une chanson piratée en mp3, sous prétexte que l'artiste est très riche, ne désenrichissera pas l'artiste, mais mettra sur la paille l'auteur et le compositeur de la chanson.


4- Ca veut dire aussi que la fibre créatrice de certaines personnes qui voudraient se reconvertir en auteurs compositeurs professionnels doit s'accommoder d'une disparition totale de la sécurité financière.

A réserver donc aux aventuriers, aux héritiers, aux mineurs vivant chez leurs parents, ou aux personnes très grosses qui veulent manger un jour sur 3 pour perdre du poids.


Sur les 175 000 inscrits à la SACEM environ, moins de 10% gagnent le SMIC. et moins de 1% sont riches. Un peu comme le football.

Mais au foot, les meilleurs se voient. En musique, c'est plus flou, c'est subjectif. Il n'y a pas de performance à atteindre pour mesurer son talent. N'importe qui en théorie peut arriver.


En théorie.


Il existe un nouveau modèle de rémunération qui arrive des Etats-Unis, utilisé beaucoup par les rappeurs. Le copyright.

On vend sa chanson. 100€, 200€ et paf ! On prend les sous et on oublie les droits. Pas d'inscription à la SACEM. Qui, je le rappelle, n'est pas obligatoire.

Le producteur, lui par contre, ne les oublie pas, les droits, et déclare la chanson à son nom.

En cas de tube international, ça pique un peu d'entendre sa chanson à la radio et d'avoir vendu 200€ le titre, mais le producteur peut toujours vous envoyer une carte de remerciement des Maldives.

C'est un peu comme le travail au noir.

Mais c'est une économie parallèle qui existe.


3 : l'arrangeur

J'ai fait un post spécial dédié à la rémunération des arrangeurs et à la mutation de ce métier que je vous invite à regarder.

Pour résumer, il partage en théorie un pourcentage des droits collectés par la SACEM avec le compositeur.

Son modèle économique est donc aussi précaire que les auteurs compositeurs.

https://www.erickbenzi.com/post/arrangeurs-comment-se-faire-payer


4 : le musicien

Il est rémunéré au cachet. Donc c'est un salarié. 1 fiche de paye par séance. Il a droit au chômage et au statut d'intermittent du spectacle, contrairement aux auteurs/compositeurs/arrangeurs, qui n'ont droit, eux, à rien.

Il est aussi membre de la SPEDIDAM, une société qui récupère un peu d'argent au profit des musiciens de studio pour compenser leur partie créative apportée à l'oeuvre, mais non comptabilisée dans leur salaire.

Il est admis qu'un bon solo de guitare ou de saxophone, ou une partie légendaire de basse ou de piano peut sublimer une oeuvre dans sa création, et à ce titre il est juste que le musicien qui l'a interprétée puisse participer au gâteau de perception de ce que l'on appelle les droits voisins.

Pour faire court, les droits voisins sont une rémunération sur la copie privée (taxe prélevée sur les disques durs, clés USB et cartes mémoires pouvant être utilisés à faire des copies de l'oeuvre originale) et la rémunération équitable (forfait payé par les discothèques et lieux sonorisés pour utiliser de la musique toute l'année).

Mais la SPEDIDAM ne prend pas de rémunération sur les plateformes de streaming et téléchargement, les principaux modes d'exploitation de la musique actuellement. (A leur grand regret...)


5 : l'ingénieur du son

Statut de technicien. Il est donc salarié aussi. Payé par la production. Il a droit au chômage et au statut d'intermittent du spectacle, contrairement aux auteurs/compositeurs/arrangeurs qui n'ont droit, eux, à rien. Je le répète.

De plus en plus d'ingé-sons adoptent aussi la casquette de réalisateur, s'ils ont les capacités musicales. Pour augmenter leur source de revenus. Ou ils font de la co-réalisation avec un musicien. Parce que le mixage et le son d'une oeuvre peuvent être créatifs aussi.


6 : l'interprète

Il est d'abord salarié. Il prends des cachets d'interprète, en studio mais surtout sur scène, avec un tarif correspondant à sa notoriété.

ll a droit au chômage et au statut d'intermittent du spectacle, contrairement aux auteurs/compositeurs/arrangeurs qui n'ont droit, eux, à rien.

Je vous l'ai déjà dit ?

Il touche aussi un pourcentage sur les ventes tous supports des chansons où il chante.

CD, vinyles, streaming, téléchargement, etc.

Ce pourcentage que l'on appelle aussi les royalties, est tiré d'un contrat d'artiste (généralement exclusif) qu'il a signé avec le producteur, pour une durée définie et renouvelable.

Si vous voulez rigoler un peu, essayer de lire un contrat d'artiste type, fait par les avocats des majors compagnies.

Même en le lisant à l'envers, et en commençant par la fin, vous n'aurez pas plus mal à la tête que en le prenant à l'endroit.

C'est souvent plus rapide d'apprendre par coeur la Bible en Araméen.


Il perçoit aussi un peu de la part de l'ADAMI, une société de perception dédiée aux artistes interprètes, qui récupère des sous sur les droits voisins.

L'équivalent de la SPEDIDAM pour les musiciens.


7 : le réalisateur

Il est souvent aussi arrangeur, musicien ou ingé-son. Il peut donc à ce titre prétendre à une rémunération fixe sous forme de salaire comme vu précédemment.

Mais son vrai statut est un contrat de royalties, comme l'artiste, avec un pourcentage sur les ventes, conclu avec la production.

Il peut, à ce titre, percevoir une avance sur royalties, une somme fixe à discuter avec le producteur, qui sera recoupable, c'est-à-dire déduite de sa part à venir du cash généré par les ventes.

Le contrat, calqué sur un contrat d'artiste, est aussi rigolo à lire. A peine un peu plus dur que le mode d'emploi en coréen de mon barbecue.


8 : le producteur

Qu'il soit indépendant, ou associé à une major compagnie, c'est lui qui prend tous les risques.

Il paye les musiciens, le studio, l'artiste, le réalisateur. Il paye aussi la promo, le clip, et la SDRM sur chaque CD gravé (les droits DRM qui reviennent aux auteurs/compositeurs/arrangeurs via la SACEM).

En contrepartie, si c'est un succès, il peut se gaver, car les pourcentages de ce qui reste sont largement en sa faveur.

Mais c'est risqué.

Comme dans toute entreprise soumise à la loi du marché, le succès fluctue.

Il y a probablement plus de producteurs qui passent leur vacances sous le pont de l'Alma qu'aux Maldives.



Voilà les 8 métiers pour faire une chanson et leur économie.


Métiers aussi passionnant que hasardeux, mais qui, rappelons-le, sont des vrais métiers, pas un hobby.


J'ai, pour ma part, occupé tous les postes possibles, et souvent 6 ou 7 à la fois.

J'ai une fois pris en charge les 8 métiers à moi tout seul, pour mon album BEN ZI EYE - 1989, où je suis aussi interprète. Album que l'on peut écouter sur toutes les plateformes de streaming. https://open.spotify.com/artist/4UODBQr4GFfeCIeacDQfvT?si=qDcHwILkSs23Gu4O-4I6dA



J'ai fini à l'époque n°1 au top secret.

Dommage. Après 1 an de travail, je trouvais ça joli.


Le fait que la musique soit aussi, heureusement, un passe temps agréable entre amis, peut occulter, pour certains, la dureté de la réalité quand on se jette à plein temps dedans. Surtout quand on n'y perçoit au prime abord que les mirages des paillettes télévisées.


Mais rappelons-nous que jusqu'au 20ème siècle, être musicien c'était passer d'auberge en foire pour gagner le gîte et le couvert. Comme les forains. Sauf quelques privilégiés, à la merci de leur mécène, fût-il royal ou bourgeois opulent.


Rappelons aussi que le droit d'auteur est quasi inexistant en Afrique et en Asie, à part quelques contrées, et que le système de chômage avec statut intermittent est une exception française. (copié un peu par la Belgique et le Luxembourg)


Et pour finir, une phrase de mon ami Abdulla, joueur de Tchogur, Ouzbek :

"Gagner des sous ? Avec la musique ? Pourquoi ?"

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